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Kinshasa

Kinshasa: la pollution des rivières menace la santé de la population

Marc Kilela Mumba

Ordures jetés dans la rivière Makelele, février 2014. (Marc Kilela)

Ordures jetés dans la rivière Makelele, février 2014. (Marc Kilela)

Pour répondre de ses obligations et garantir à ses administrés un environnement sain, le gouverneur de la ville de Kinshasa a signé  l’arrêté N°SC/088/MINEE CG/BLD/PLS/2010 du 10 mai 2010, portant mesure collective d’assainissement de la ville de Kinshasa. Pourtant, sans encadrement, les déchets récupérés à gauche polluent à droite.  En effet, les agents commis à ce service d’assainissement vont déverser toutes les immondices récoltées dans les différents cours d’eau de la capitale. C’est le cas des rivières Kalamu et  Makelele.

Si la rivière Makelele relie la commune de Bandalungua à celle de kintambo, la rivière kalamu quant à elle, traverse plusieurs  communes  dont Ngaba, lemba, Limete, Makala. On la perçoit même dans la commune de Kisenso. Ces rivières arrosent des  quartiers en leur faisant bénéficier  de quelque fraicheur. Mais à l’inverse, elles font des débordements lors de grandes pluies et envahissent des quartiers entiers en privant les occupants l’accès à leurs quotidiens parce que coincés dans des maisons. Bien entendu, il s’agit en général  des quartiers qui longent ces rivières. En effet, ces rivières sont envahies par les immondices et autres déchets  au point que l’eau coule difficilement.

Au quartier Kilimani à Kintambo, les habitants pointent du doigt  les agents de salubrité : « Ce sont les agents  de la salubrité qui viennent  jeter  leurs déchets dans la rivière.  Ils disent que c’est leurs chefs qui les envoient ». Quant au  Superviseur en Chef du service de l’environnement de Kintambo, il  explique que  c’est un endroit  marécageux. Ce qui, pour lui,  justifie le fait de jeter des déchets  aux alentours, une bonne façon de  protéger la rivière. « Mais avec la construction de la station de transfert des déchets, ce problème ne se pose plus, nous a-t-il dit. Depuis que les agents vont déverser les immondices à  la station,  ceux qui profitaient autrefois de la situation ne savent plus  trouver  des  prétextes ».

Pourtant la rivière est encore envahie et le chef évoque des sanctions. « Celui qui va encore jeter  des déchets là-bas subira  des sanctions prévues  par la loi », a  déclaré l’OPJ/CR  de la  commune de Kintambo, Mr. Roger Siata Bangula.

Le constat est presque pareil à la rivière Kalamu  qui fait couler des grosses larmes aux habitants lors des inondations. Malgré cette situation, les victimes persistent dans la pollution et avancent des raisons.  « Ce sont des déchets légers que nous jetons ici et c’est vite évacué. Cela ne peut pas déranger la rivière », disent-ils. Des théories se multiplient dans le même sens pour  ne pas endosser la responsabilité. C’est le cas d’une tenancière de restaurant de fortune que nous avons surprise en train de jeter les entrailles des poissons dans la rivière. « Les poissons viennent de l’eau. Alors,  où déverser leurs affaires intérieures ? », a-t-elle crié avant de conclure : « c’est l’endroit approprié pour nourrir les autres poissons afin de ne pas en manquer ».

Les agents d’assainissement pointés du doigt

Pour préserver son  environnement, il est important d’assainir les endroits où  vivent les humains. A la question de savoir d’où  viennent les déchets entassés le long des rivières et dans les rivières, les habitants environnants répondent comme un seul homme : « C’est le fait des services d’assainissement. Leurs agents viennent déverser  dans des rivières les saletés recueillies dans des maisons ». Difficile par contre pour les accusés d’endosser la responsabilité. Les quelques responsables interrogés répondent : « L’état a placé des dépotoirs et c’est là où nous canalisons nos déchets. Nous ne passons plus par des cours d’eau. Les habitants nous  accusent   pour se tirer d’affaire simplement ». Un  autre d’ajouter : « imaginons que nous recourions effectivement à ces rivières, elles seraient déjà remplies. Or elles ne le sont pas ». Ces allégations sont rejetées en bloc par des victimes comme une dame qui habite à Kilimani depuis une dizaine d’années et qui ne peut  plus sortir prendre de l’air à cause de l’insalubrité causée par la pollution des cours d’eaux : «  Presque tous leurs agents connaissent  les stations de transfert  des  déchets, mais ils ne cessent de venir jeter leurs saletés ici. Ils ont pris cette rivière comme un raccourci. Au lieu d’aller plus loin, ils s’arrêtent  ici ».

Qu’en pense la population

Le sol et le sous-sol appartiennent à l’état. C’est  sous  ce prétexte que beaucoup d’inciviques driblent les populations environnantes qui se résignent. « Nous n’avons rien à dire dans tout ça, parce que les gens qui jettent des déchets ici  disent que ce sont  les autorités qui les envoient. Alors, nous ne trouvons  rien à dire. On subit seulement, a  dit Madame Gertrude.   Pour  cette victime, c’est un abandon des responsabilités : « Ils ne donnent pas des  sanctions tel qu’indiqué  par la loi à leurs travailleurs du service de salubrité. Au contraire, c’est nous qui sommes sanctionnés injustement.  Les pauvres malheureux subissent  la non application de la loi ». Kelly Jean-Pierre,  habitant du quartier affirme : « Ils sont au courant que leurs agents jettent des déchets dans ce coin et ailleurs,  mais, ils n’appliquent  pas la loi ». Doudou Kipoyi, une jeune fille de retour de son école est intéressée par notre travail et se prononce : « Nous ne sommes pas fous pour vivre comme ça avec des poubelles,  des nausées, des odeurs insupportables. Mais, comme on n’a pas d’autres endroits où aller vivre, nous continuons à rester dans ce quartier. On est vraiment exposé ». Lusiense est habitante du quartier Mombele. Elle renvoie la balle chez les autres : «  Ce sont des déchets des quartiers situés vers le haut qui  finissent leurs courses ici. Nous n’y pouvons rien ». Un passant par contre stigmatise cette façon de faire subir aux autres, un environnement malsain : «  Il est inadmissible de vivre entouré  des poubelles  avec des odeurs insupportables ». Même avis chez Willy, habitant de ce coin de la capitale : « Nous ne polluons pas mais nous subissons la pollution des autres. Il est temps que ces choses cessent. Nous devons chacun en prendre conscience et ne pas attendre le fouet  avant tout changement».

Létat face à ses responsabilités

Mandela habite le long de la rivière kalamu à kisenso. Il n’hésite pas de donner son point de vue. « Ce n’est pas notre problème, l’état doit assumer ses responsabilités, nous n’allons pas laver la rivière », a-t-il déclaré. Dans tout ça, les services d’hygiène des différentes communes, sans être explicites sur leurs responsabilités ou non d’assurer le suivi dans ces cas, nous renvoyaient plutôt aux sanctions : « Nous infligeons des sanctions à ceux que nos agents surprennent entrain de salir les rivières et même les avenues.  Au niveau de la ville, des efforts sont faits pour garder la ville propre et cela a un prix ». Maitre Lutumba Bavon Avocat au barreau  de Matete dit le droit : « Toute personne a droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral ». Et puisque chaque loi prévoit une sanction, l’avocat insiste sur son application : « Il faut que l’autorité fasse le suivi, c’est-à-dire, punir ceux qui vont à l’ encontre des dispositions de la loi. C’est la seule façon d’aider les habitants à observer les normes sans lesquelles le développement est compromis ».

Les habitants victimes et bourreaux,  privés  de l’environnement sain, pensent que l’Etat congolais doit agir  vite et  bien. « Nous avons peur des nombreuses maladies qui découlent de telles  conditions», a dit Madame Patience Mubiala habitante du quartier.

Pour sa part, l’autorité  municipale de Kintambo appelle la population à  la vigilance. Le bourgmestre de la commune a interdit fermement aux  gens de jeter leurs ordures  dans la rivière, parce que, ces ordures polluent la rivière, rétrécissent le lit de la rivière et peuvent provoquer des inondations. Se référant à  l’arrêté  de mai 2010 sur des mesures d’assainissement  de la ville, le bourgmestre renvoie à nouveau les potentiels pollueurs aux  stations de transfert des déchets.

« C’est gratuit, personne ne devrait hésiter », a-t-il affirmé.  L’occasion d’informer les ignorants : « Les rares personnes qui l’ignoraient jusqu’à l’heure  doivent trouver ici la bonne information ». Cette sensibilisation a besoin du concourt de tous : « C’est aux habitants de ce coin d’indiquer aux ignorants et aux récidivistes les différentes stations de transfert des déchets. Il y en a plusieurs dans chaque commune. Il faut dénoncer ceux qui  s’entêtent  à jeter les déchets dans des endroits non appropriés», a  recommandé  maitre  Roger Siata Bangula avant d’ajouter : « L’Etat congolais, par le canal des agents des services compétents, procède à la technique de l’éducation sanitaire de la population, il est important que les populations soient informées et qu’elles se forment ». Si les uns et les autres prennent à cœur la problématique de la salubrité et barrent la voie aux inciviques, le droit à un environnement sain appartenant  à la 3ème génération des droits de l’homme, aussi  appelé droit de la solidarité, sera alors effectif à Kinshasa.  Ainsi,  les kinoises et les kinois vivront dans un environnement sain, à l’abri de plusieurs maladies.  C’est possible avec le respect de la loi et le suivi.

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