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Kinshasa

Déguerpissement des marchés pirates kinois : les vendeurs sont ravis de leurs marchandises

Munor Kabondo

Vue d’une allée du marché Rond-point Ngaba/Guillaume

Vue d’une allée du marché Rond-point Ngaba/Guillaume

Après plusieurs plaintes des automobilistes et des accidents occasionnés par des marchés pirates à Kinshasa,  les autorités policières et administratives de la ville avaient pris la décision d’évacuer  les principales artères et avenues des marchés pirates. La Police nationale Congolaise se charge de l’exécution de cette mesure. L’opération est saluée par une bonne partie de la population. Cependant, le comportement affiché par certains policiers va à l’encontre de la mission leur confiée par l’autorité.  En effet,  certains parmi ces agents de l’ordre confisquent ou brulent les marchandises des marchands.  Autrement, ils exigent de l’argent.

L’opération de déguerpissement des vendeurs dans les grandes avenues de Kinshasa n’est pas la  première du genre.  En effet, à chaque fois que la police chasse les vendeurs occupant illégalement les espaces publiques, ces derniers remettent leurs tables et kiosques quelques jours après. D’autres vendeurs ne s’empêchent d’étaler à nouveau leurs articles juste après le départ des policiers. «Quand une telle opération est lancée, nous ne pouvons plus vendre en toute quiétude. On reste vigilent et prêt à prendre fuite à la moindre présence des agents de l’ordre», nous dit un vendeur du marché Gambela. Même son de cloche au marché  Matete où une vendeuse nous raconte sa peur : « Avant que l’opération n’atteigne notre secteur, je multipliais des coups de fil auprès des vendeurs d’autres marchés pour savoir si les policiers étaient passés chez eux, question de me permettre de fuir bien avant leur arrivée. Ainsi, je protège mes marchandises et mes étalages».

Une mère de famille qui s’approvisionne au marché de l’UPN ne comprend pas que les mêmes personnes que la police chasse des marchés pirates regagnent tranquillement leurs places bafouant l’autorité de l’état : « l’état abandonne trop ce qu’il amorce si bien. Pour preuve, à peine ces vendeurs ont été chassés qu’ils sont déjà rentrés au même endroit. L’état  n’a pas assuré  le suivi, par conséquent, les récalcitrants reviennent avec la plus grande détermination cette fois-là».

Des déviations dans l’opération

Plusieurs personnes que nous avons interviewées ont bien accueilli l’opération menée par les agents de l’ordre. Cependant, les mêmes personnes ont regretté la manière avec laquelle  certains policiers agissent. Une mère de famille venue faire des achats au marché Matete se dit peinée par la cruauté des policiers : «  ils ont brûlé et la marchandise et  la table  de ce pauvre type qui pleure  comme un nourrisson. Ce n’est pas juste ça », regrette-t-elle. « Que dire des articles que les agents de l’ordre piétinés ! », s’est exclamé une fille. Une femme d’une soixantaine d’années disait : «  ils doivent avoir très mal tous ces pauvres vendeurs en voyant leurs marchandises réduites en cendre. C’est dur de tout recommencer ». Une autre femme ne comprend pas la motivation des agents de l’ordre : « les policiers n’ont pas le droit de faire ce qui se passe dans leurs têtes. Le déguerpissement ne veut nullement dire saccager».  Une vendeuse dont la marchandise était confisquée par des policiers en l’absence de leur chef explique : «  lorsqu’ils sont arrivés ils nous chassaient en  confisquant nos articles.  Ils prenaient notre argent et brûlaient des marchandises de ceux qui ne se pliaient pas à leurs exigences ». Un vieux vendeur trouvé au marché Gambela parle lui de l’injustice dans l’application de la mesure : « Comment expliquer qu’ils ne fassent pas la même chose à  tout le monde? ». D’autres vendeurs pensent que certains agents de l’ordre sont soudoyés par d’autres marchands : «  certains policiers percevaient de l’argent des vendeurs et en échange ils attendaient tranquillement que ces derniers remballent leurs articles ».

Quelques conséquences énumérées par les commerçants

Parmi les commerçants dont les marchandises ont été  brûlées ou  confisquées, on compte  ceux qui ont recouru aux micros crédits. Une femme presqu’en larme s’exprime en ces termes : «  je dois rembourser l’argent à la banque, comment y parvenir sans marchandise, on a tout brûlé  ». Un autre commerçant dans la situation presque similaire à cette femme déplore l’agissement des policiers : «  ils m’ont exigé beaucoup d’argent avant de me remettre la marchandise, où trouver cette somme alors que je dois de l’argent à ma banque ? ».  Un juriste que nous avions interrogé regrette ce fait : «  quel que soit le cas, il faut respecter la procédure. Les agents ont reçu mandat de déguerpir les marchés pirates de Kinshasa et non de brûler les marchandises ».

Que la loi soit appliquée dans le respect des normes

« Si les normes voudraient qu’il y ait des marchés pour vendre et acheter, l’idéal c’est que tous observent des dispositions établies par l’autorité. Les hommes ne vivent pas comme dans la jungle», propos tenus par maitre Lisu du barreau de Matete. Il est relayé par une avocate du même barreau, maitre  Ishango : « la justice est un bien à tous, il suffit d’observer les lois. Ici, les vendeurs doivent respecter leurs limites, cela va du bien des vendeurs eux-mêmes ainsi que celui des acheteurs. En ce qui concerne l’autorité, la justice doit être rendue dans le respect des limites de la loi afin que tous cohabitent en harmonie étant donné que toute personne a droit à la vie». Etant donné la nécessité   de faire respecter les droits fondamentaux inhérents à l’homme, les agents de l’ordre ont l’obligation d’appliquer la loi dans le respect de la dignité humaine. D’autre part, les vendeurs ne devraient pas s’entêter en foulant au pied les décisions des autorités. 

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