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Kinshasa

Les voisins des cimetières kinois consomment l’eau des tombes

Marc Kilela

Vue d’une tombe au cimetière de Kintambo/Photo Marc Kilela.

Vue d’une tombe au cimetière de Kintambo/Photo Marc Kilela.

La cohabitation entre les humains et les morts se porte bien dans certains quartiers situés aux alentours des  quelques cimetières de Kinshasa. C’est le cas des quartiers Mbanza et Camp luka situés respectivement dans les communes de Mont-Ngafula et Kintambo. Sans se préoccuper de leur santé, certaines familles ont bâtie leurs maisons au milieu des tombes alors que les cimetières continuent de recevoir des morts. C’est le cas du quartier Mbanza qui se situe au milieu du cimetière de Kimwenza. Le quartier camp Luka par contre est érigé en face du cimetière de Kintambo. Plus grave encore, ces populations n’étant pas desservies en eau potable, elles ne s’empêchent de consommer l’eau des rivières ou des sources situées en aval des tombes.

Au quartier Mbanza, la population doit son salut grâce à une source d’eau. « C’est ici  que nous puisons de l’eau pour nos différents besoins journaliers. Sans elle, la situation serait très difficile  pour nous», Affirme Robert, habitant du quartier Mbanza.  La source se trouve en aval des tombes. A chaque pluie l’eau déverse dans la source immondices, morceaux de tombes et même des restes des cadavres.  Le même constat est fait au camp Luka où une partie de la population consomme l’eau d’une source qui se situe au bas du versant créé par les érosions qui menacent le cimetière de Kintambo. « Nous  n’avons que cette source pour nous approvisionner en eau. C’est une eau pure, vraiment potable : nous la buvons, nous préparons avec, nous lessivons et faisons  la vaisselle avec », déclare Madeleine, une mère de famille.

Consommer l’eau ou les microbes ?

Le mauvais état de l’eau semble ne pas être la préoccupation des  ceux qui habitent dans les cimetières à l’image de Marc, élève en classe de terminale : «Nous n’avons pas besoin de  traiter  cette eau avant de la boire parce qu’elle est naturelle. Les restes humaines et autres détritus ne l’affectent jamais. On n’a pas besoin de la traiter avant sa consommation ».

Si la plupart des personnes ne trouve pas d’inconvénients en utilisant l’eau de ces sources, quelques-unes par contre   sont conscientes du risque des maladies auxquels elles sont exposées : « C’est une eau susceptible de jeunegenscauser des maladies. Nous sommes obligés de la  consommer à l’état brute parce que nous n’avons pas d’argent pour acheter de la braise afin de bouillir cette eau » soutient Rosette, cultivatrice des légumes dans l’espace marécageux du cimetière de Kimwenza.

 « Si vivre dans un cimetière est déconseillé, boire de l’eau qui jaillit d’une source en plein cimetière est très dangereux pour la santé », déclare Valery Ngiay, médecin permanent du Centre de santé  Jehum de Kimwenza. « Nous enregistrons beaucoup de cas de fièvre typhoïde, et, le nombre est sans cesse croissant», poursuit le médecin. « Nous conseillons toujours à nos patients de stériliser l’eau avant de la consommer. Actuellement nous avons des purifiants d’eau en comprimés et en poudre qui se vendent à un vil prix, soit, 100 Fc (environ 0,10 USD).

La part de l’autorité dans tout ça 

Selon monsieur Ibumbu, chef coutumier de Mbanza, propriétaire des terres et chef du quartier, la question d’eau potable n’est pas son affaire. Cette responsabilité incombe à l’état : « En ma qualité de chef coutumier, tout cet espace m’appartient. Au nom de l’autorité qui m’a été léguée par mes aïeux, je vends à qui me propose de l’argent, soit 500 dollars américains par mètre carré. Quant à l’usage, ça dépend des acheteurs. Soit c’est pour enterrer un être cher, soit c’est pour construire une maison». Pour le chef Ibumbu, avant que l’état n’intervienne, ses administrés doivent se contenter de l’eau de source.

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«Les habitants de ce quartier ont l’eau de source qui jaillit devant leurs maisons. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter». Toutefois, monsieur Ibumbu nous livre l’information du projet de forage d’un puits d’eau qui permettra à la population d’avoir de l’eau potable en permanence.

«On ne doit pas toujours rejeter la responsabilité à l’état », déclare Roger, enseignant à l’école primaire. « Plus d’une fois, les maisons construites dans le cimetière de Kintambo ont été détruites par l’autorité urbaine et la police. Mais quelques mois après, les mêmes familles reconstruisent d’autres maisons. Pensez-vous vraiment qu’un gouvernement responsable déboursera des fonds pour installer des tuyaux et des robinets dans un cimetière ? » S’interroge Roger.

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