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Kinshasa

Les conditions carcérales des détenus dans les cachots de Kinshasa

Par Bill

Des détenus dans un cachot de Kinshasa, (Photo Bill)

Des détenus dans un cachot de Kinshasa, (Photo Bill)

« Toute personne doit  jouir de ses droits et libertés fondamentaux, quel que soit son statut pénal », ainsi  convergent  les textes juridiques nationaux et internationaux à travers différentes constitutions, chartes et conventions sur les droits humains. Cependant, il s’observe des violations de ce principe au regard des conditions carcérales en République Démocratique du Congo en général et à Kinshasa en particulier.

Les cachots de Kinshasa accusent une précarité sans précédent. Les détenus sont incarcérés dans des conditions  inhumaines. Le plus grand problème demeure celui de la capacité d’accueil desdits cachots. A Kinshasa, il est facile de compter dans des lieux de détention 4 à 5 fois plus,  le nombre des détenus prévu. Selon un ancien détenu au cachot du commissariat du 5eme bureau à la cité  Mama Mobutu, cette pièce d’environ deux mètre-carrés regorgerait jusqu’à 30 détenus. A la maison communale de Bumbu, selon le commandant en place, avec ses quatre mètre-carrés, le cachot accueille plus de 40 détenus. A propos des « amigos », ces containers transformés en sous-commissariats, le mot « passager » suffit pour justifier tous les égarements dont les détenus sont l’objet. « Les prévenus  ne passent  jamais la nuit ici, ils sont là pour un temps », se défend un  officier de police judiciaire au marché Lufungula.

Quant  aux  conditions sanitaires, elles sont plus que déplorables. Le cachot du parquet de grande instance de Kalamu dégage, à un mètre de l’entrée, une odeur nauséabonde insupportable. Ceci  concourt bien à la propagation des microbes et des infections. Irlan KANDU, 26 ans, détenu au cachot Kimwenza-gare déplore les conditions de détention : «  C’est depuis hier que j’ai été arrêté. J’ai  dormi sur les matières fécales. C’est vraiment un autre monde, précise-t-il. On est étouffé ici et si tu demandes à avoir un peu d’air, ils refusent redoutant une évasion ». Manix KANIKI, père de quatre enfants qui avait passé 17 jours dans les locaux de la police criminelle au camp Lufungula, témoigne son horrible expérience dans  ce cachot : « J’ai passé  des  jours pénibles dans ces locaux, depuis, je ne pouvais distinguer le jour de la nuit. Plus  grave, on faisait tous nos  besoins sur place. C’est un endroit mal réputé en matière d’incarcération, parce que la plupart des détenus qui sort de cet endroit ont toujours des répercutions sur sa santé physique et mentale, affirme-t-il. Les détenus sont parfois sauvés lorsqu’il y a passage des agents de parquets. C’est une histoire traumatisante que j’ai vécu dans ce cachot ». Dans ces conditions, certaines femmes se rendent victimes de plusieurs cas de violence sexuelle. « Incarcérée pendant 2 jours, les  gardes  ont abusé  de moi  en échange de mon évasion, nous révèle Carine., une fille qui se prostitue sur la place Victoire.  Dans cette position de faiblesse, je ne pouvais rien faire.  Bien que je sois prostituée, le sexe sans consentement me dérange ». C’est pour marquer la différence qu’un  coin est assaini par des gardes au Parquet de Kalamu pour les détenus aisés. Ils l’occupent moyennant une bonne somme d’argent. Dans ce cas, ils échappent aux mauvaises conditions  carcérales.

Des conditions macabres  qui ne sont pas sans conséquence

Les experts affirment que les répercussions de ces mauvaises conditions carcérales sur les détenus sont sur plusieurs plans. Le psychopathologue Yawidi affirme : « Sur le plan social, on va constater que l’individu va connaitre les problèmes de changements conditionnés  de son milieu traditionnel et l’inadaptation dans le nouveau milieu traditionnel lors de sa sortie ». Yawidi poursuit que sur le plan psychologique, cela va impacter sur les conditions mentales et physiques. « Judiciairement, la  personne  aura un casier judiciaire médiocre qui va rendre difficile  sa réinsertion au sein de la société », conclut-il. Le collectif 24 qui lutte pour le droit d’accès à l’information estime que le manque d’information aliène  les détenus qui se soumettent aux formes de corruption pour leur liberté alors qu’ils la mérite. Quant à la santé,  les médecins affirment que la nourriture infectée dans un milieu infecté engendre des germes précurseurs des maladies fatales. Pour le Docteur J.S.Zabiti, les urines et les matières fécales sont des matières propices pour le développement des germes microbiens. « Dans des cachots, les détenus cohabitent avec des urines et matières fécales qui se décomposent ensemble et propagent une odeur insupportable et infecte, affirme le médecin. Dans cet environnement infecté, la nourriture qui se consomme apporte aux détenus des infections digestives dont la cholera, la fièvre typhoïde, la dysenterie et toute autre forme des  maladies des mains sales ». Les  professionnels  de santé proposent un assainissement du secteur pénitentiaire et recommandent le check-up aux personnes sorties des cachots et prisons de Kinshasa. Monsieur Pirnay affirme : « Dès ma sortie de la prison de Makala, je n’avais  visiblement aucune infection. C’est  après plusieurs mois  que j’ai eu des douleurs dorsales. C’est lorsque je me suis rendu à l’hospitalier de Monkole pour le check-up  qu’on a remarqué une déformation au niveau de la colonne vertébrale,  signe de la tuberculose osseuse que j’ai attrapée en prison».

Indifférence ou fuite de responsabilité de l’état ?

Selon le capitaine Jacques MUTU, chef des opérations au commissariat communal de Bumbu, le manque des moyens sont à la base de cette situation. « L’Etat n’a pas un budget alloué à  l’entretien et à  l’assainissement des cachots. Qu’à cela ne tienne les gardes s’occupent  de l’entretien chaque matin. C’est avec les moyens  de bord que nous fonctionnons. Dès que l’état allouera un budget conséquent pour les amigos, les conditions vont s’améliorer », espère-t-il. Quant au respect et à la dignité humaine, le ministère public du parquet de Kalamu éclaire l’opinion. «  Nous faisons la ronde des cachots pour vérifier les conditions `carcérales et le cas de chaque détenu. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas incarcérés dans des conditions requises par les droits humains », confirme ce  magistrat debout qui a préféré garder l’anonymat.

Il est de  l’obligation de l’état de traiter les détenus avec dignité. « L’Etat doit améliorer les conditions sociales des agents car lorsqu’un garde de cachot est bien payé, le milieu carcéral sera  bien assaini et  la vulgarisation des agents sur l’assainissement de ces milieux, bien assurée», affirme la population kinoise. Un magistrat sous anonymat rappelle le code de procédure pénale : « Toute peine vise quelque chose : la rétribution, l’amendement ou  la resocialisation ». Le magistrat debout du parquet de grande instance de kalamu déplore la mise en cause de la resocialisation. «  Le principe de la resocialisation échoue  souvent à cause de ces conditions inhumaines auxquelles sont soumis les détenus, nous confie-t-il. Pourtant si l’on considère la détention comme un moment de  rééducation, on doit mettre un détenu dans des conditions physiques et morales requises ». Selon la constitution congolaise en son article 18 alinéa dernier, tout détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité.

 

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