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Kinshasa

À Kinshasa, manger d’abord, l’hygiène on verra après

Par Munor Kabondo

Dans tous les coins de la capitale, des aliments sont vendus sans tenir compte des conditions hygiéniques. Maniocs, patates douces, gaufres, cacahuètes, pains, beignets, poulet, croupion de dinde et autres aliments sont souvent exposés à découvert à côté des décharges publiques, des égouts voire près des toilettes.  Sur la Place lhygieneVictoire, le jour comme le soir des morceaux  de viande de vache grillés se vendent bien. Les commerçants eux  font des bonnes affaires malgré la poussière qui couvre les lieux de vente. Non loin de là, au croisement des avenues Kasa-Vubu et Sport, la situation est pire. Immondices et aliments font bon ménage. Divers aliments sont proposés aux passants pour  tromper  la faim. Des saucisses grillées, des tartines d’avocats, des patates cuites sont exposés de manière à attirer d’éventuels acheteurs. On ne peut pas oublier d’évoquer les taxis-bus et autres véhicules  qui contribuent à soulever la poussière qui  à son tour couvre les aliments exposés sans aucune mesure de sécurité pour les consommateurs.

Dans certains coins de la ville, on aperçoit des aliments placés  le long des caniveaux dans lesquels coulent après la pluie toutes sortes  d’immondices dégageant une odeur nauséabonde.

« Cette manière de vendre que vous trouverez un peu partout dans la ville, est une façon pour nous d’attirer les acheteurs parce que de loin déjà, ils peuvent être convaincus de la bonne qualité de nos aliments et s’approcher pour acheter », explication d’un vendeur des cabris sur la Place Victoire.

L’inconscience par-dessus tout

Le scénario est le même pour les vendeurs ambulants. Ils sillonnent les artères avec des récipients contenant du pain ou d’autres aliments non couverts. A longueur des journées, ils font d’incessantes navettes entre le centre des affaires et la cité. Ils traînent avec eux des mouches qui cherchent à se poser sur les aliments en vente et qui sont vecteurs de plusieurs microbes. « Chaque fois que j’ai essayé de couvrir mes marchandises, mes recettes en pâtissent et s’amenuisent, car les passants pensent que les pains ne sont pas à vendre », nous a révélé un vendeur ambulant sur l’avenue du Commerce. Des acheteurs à la recherche du pain de bonne qualité, se permettent de faire un tri minutieux. Peu importe l’état de mains de l’acheteur, sales ou propres, il effectue son trie sous le regard impuissant du vendeur. Pour plusieurs vendeurs qui parcourent la ville, les pains ne sont souvent emballés que quand ils perdent leur première qualité après avoir été exposé à l’air libre durant plusieurs heures. « Nous les plaçons dans les sachets pour qu’ils ne deviennent pas secs », a indiqué une vendeuse œuvrant au marché Central.

L’ignorance qui mène aux maladies

Selon une étude menée et publiée en décembre dernier par l’école de santé publique de Kinshasa, 7 échantillons d’aliments sur 10 (70,00 % ) et 7 échantillons d’eau sur 105 (73,33 %) vendus dans les « malewa » du marché central de Kinshasa étaient de qualité microbiologique inacceptable.

Toujours d’après cette étude la proportion des souches résistant aux antibiotiques variait de 24,16 % pour l’amikacine à 100 % pour l’amoxycilline.

Non informés sur les diverses maladies qui peuvent être contractées en consommant ces aliments exposés à la saleté, les Kinois s’en procurent sous l’œil impuissant de l’autorité urbaine. Conscients de cette situation, bon nombre des Kinois ont jugé de ne plus en parler, car depuis plusieurs années, des voix s’étaient levées  pour dénoncer toutes ces pratiques, mais en vain. « Il ne sera plus facile d’inculquer des notions élémentaires d’hygiène à la population car, ces habitudes décriées par tous sont ancrées depuis des décennies dans son vécu », a déploré, Faustin Mbala, président d’une organisation non gouvernementale en charge de la lutte contre l’insalubrité.

Même les plus avertis ne s’en passent pas parfois

Dépourvus des moyens suffisants pour s’approvisionner dans des alimentions et autres grandes surfaces où les conditions hygiéniques des aliments sont respectées, certains kinois inaccoutumés de la malpropreté se trouvent dans l’obligation de subir les conséquences néfastes. Ils n’ont pas d’autres choix que de recourir à ses aliments malsains. «J’ai toujours insisté auprès de mes enfants de toujours s’intéresser aux produits alimentaires bien couverts mais très souvent on en trouve rarement », a expliqué un père de famille dans la commune de Kalamu. Dans cette municipalité, c’est à quelques mètres de la maison communale que la vente d’aliments se fait à même le sol sous l’œil impuissant des autorités de l’Etat. «Les mesures ont déjà été prises par l’Hôtel de ville mais, c’est la mise en application qui ne suit pas faute des moyens que doit doter l’Etat congolais à ces services », a expliqué le chef de service d’hygiène de la commune, Christophe Bemba. Cette situation inquiétante qui poursuit son bon chemin, est pourtant à l’origine de plusieurs maladies décriées par les professionnels de la santé. Parmi elles, on cite la diarrhée, la fièvre typhoïde ou maladie des mains sales ainsi que d’autres pathologies fréquentes causant des pertes en vies humaines à Kinshasa.

La saleté, un bon vecteur  des maladies

Selon le médecin généraliste Molisho de l’hôpital Sonal dans la commune de Kasa-Vubu, près de la moitié des malades qui fréquentent ce centre médical souffrent des maladies des mains salles. Face à cette situation déplorable, certains observateurs interpellent l’autorité sur la nécessité de la réhabilitation de la brigade d’hygiène  qui avait, autre fois, le rôle d’assainir la ville. Cette structure d’hygiène combien importante pour une mégapole comme Kinshasa n’existe plus que de nom.

Avec un personnel en âge très avancé et dépourvu d’équipement et des moyens financiers suffisants, cette brigade mérite d’être réhabilitée. Car, elle avait pour rôle de procéder, de contrôler et de maintenir la ville dans un état de propreté. Ceci pourra permettre la vente des produits alimentaires dans un environnement sain. ‘‘Il y a eu plusieurs promesses avec les gouvernements précédents pour le rajeunissement de cette brigade mais jusqu’à présent rien n’est réalisé’’, a témoigné Isidore Bingolo, ancien brigadier devenu commissionnaire des maisons dans la commune de Lingwala.

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