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Kinshasa : Des inondations à chaque pluie, si petite soit-elle, mettent en danger la population

Par: Nkeri Lec

inondation

Si sous d’autres cieux la pluie est souhaitée et attendue impatiemment, il n’en est rien de Kinshasa qui, à chaque pluie, si petite soit-elle, se caractérise par des inondations dangereuses qui sèment la désolation dans certains quartiers. Des eaux usées et très sales charriant toute espèce d’immondices traversent les avenues, se déversent dans des parcelles jusqu’à pénétrer dans certaines maisons. 

A Kinshasa, nombreuses sont ces familles qui multiplient des prières au Bon Dieu afin que la pluie ne tombe pas, surtout la nuit, au risque de voir leur repos se transformer en nuit blanche.  Quelques gouttes pendant une demi-heure suffisent pour transformer Kinshasa en une grande rivière. « Visiblement, le non-respect de l’urbanisation est la cause première de cette situation », conviction d’un architecte qui s’est livré à nous. Les eaux de pluie  encombrent  les avenues et, ne pouvant pas  se contenir, se déversent ensuite dans des parcelles  jusqu’à pénétrer souvent  dans des maisons.

Les causes de ces inondations

Nous sommes au  quartier UELE dans la commune de Makala. Depuis peu, cette partie souffre des inondations considérables  dues  à la multiplicité des pluies qui s’abattent ce dernier temps dans la capitale congolaise, ce qui parait normal en pleine saison de pluie, surtout, entre les mois de novembre et décembre.  Ce quartier n’étant pas doté des caniveaux pour canaliser les eaux des pluies, toutes ces eaux se dirigent selon leur gré. L’Ingénieur Mack, topographe, nous explique : « ces inondations ont plusieurs sources. La plus  grande quantité d’eau vient du haut de la montagne rond-point Ngaba. Elle se déverse avec une vitesse considérable sur l’avenue Kimwenza qui mène vers le quartier Yolo. C’est lors de son passage que ce courant d’eau ramasse toutes les ordures et inonde chaque avenue ». Selon monsieur Mack, la population elle-même en est aussi pour quelque chose. « En effet, a-t-il ajouté, la deuxième source de ces inondations se trouve être les eaux que les toitures des maisons  versent dans les avenues. Faute des conduites requises, ces eaux stagnent sur le sol jusqu’à atteindre un volume considérable ». La responsabilité des habitants ne se limite pas qu’à cela car, selon l’Ingénieur Mack, la population jette un peu partout des immondices contenant des objets en plastiques non bio dégradables rendant ainsi le sol très opaque. « Ces couches de sol artificielles qui se créent ralentissent  la faculté de la terre à  absorber rapidement de l’eau. Ceci fait que ces avenues restent inondées pendant plusieurs heures, voire, plusieurs jours », nous a expliqué notre expert.

Les conséquences ne sont pas moindres

Comme il faut s’y attendre, il s’agit des eaux bien sales, noircies  par les saletés des quartiers. Elles charrient les différents déchets qu’elles rencontrent sur leur passage.  Cette situation perdure parfois très longtemps après la pluie mettant en danger la vie des habitants du coin et des passants. « Il s’agit ici d’un environnement impropre, facteur des plusieurs maladies, à l’exemple de la malaria et de la fièvre typhoïde qui se propagent puissamment dans des pareils endroits », nous a confié monsieur Junior Mbano, chercheur en santé publique. Un habitant du quartier UELE dans la commune de Makala nous révèlera une autre conséquence non moins négligeable : « Outre la propagation des maladies, ces inondations sales nous tuent par électrocution vu les différentes câbles électriques qui traversent les avenues sans protection aucune ».

 En effet, après les travaux de réparation effectués généralement par les habitants des quartiers, les câbles électriques souterrains se retrouvent à même le sol sans aucune protection. Lors des inondations, le courant électrique se propage à travers ces eaux avec un grand risque d’électrocution. A cela s’ajoute aussi les noyades des enfants. «  Mais vous voyez la mauvaise qualité de cette eau. Elle contient même des ordures et excréments de toutes sortes. Lorsqu’un enfant tombe dedans, soyez sûr que vous finirez un jour à l’hôpital », nous a affirmé avec répugnance un père de famille. Madame Eugénie, mère de famille, se plaint : « Notre crainte, à nous parents, c’est les enfants. Certains d’entre-eux se sont noyés lors des inondations. Lorsqu’il pleut pendant que les enfants sont à l’école, nous sommes obligés d’aller les récupérer pour éviter qu’ils se noient en rentrant seuls ».

Une collaboration autorité-population s’impose

Selon monsieur Junior Mbano: « L’Etat et la population concernée doivent se mobiliser pour résoudre ce problème de peur que la population en soit continuellement victime ».

« Le vrai problème ici, c’est le manque des caniveaux », a précisé monsieur José, spécialiste en grand service  public, qui crie à l’irresponsabilité de l’autorité. Ces quartiers sont construits sans aucun système d’évacuation d’eau. Aussi, en aval, les rivières sensées recevoir ces eaux ne sont pas entretenues. De ce fait, à chaque pluie, en lieu et place de recueillir les eaux des avenues, au contraire, ce sont ces rivières qui alimentent encore les avenues en eau ».

Au même moment que la population devrait apprendre à assaini son milieu, l’autorité à qui revient la responsabilité de protéger la population est appelée à organiser au plus vite un système impeccable de canalisation des eaux des pluies afin d’éviter toutes ces inondations absurdes et gratuites.

 

 

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