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Kinshasa

Des marchés crasseux aux abords de grandes routes de Kinshasa à la merci des accidents

Par: Charlène Taty

Les aliments sur des sacs étalés à même le sol dans un environnement malpropre.

Les aliments sur des sacs étalés à même le sol dans un environnement malpropre.

La situation des marchés de Kinshasa devient de plus en plus préoccupante. Au grand marché de Kinshasa, marché Selembao, marché Camp Lufungula, marché gambela, marché ISAM (Kingabua), marché Matadi Kibala, marché Ngaba, etc, l’espace réservé à la vente ne semble plus suffire aux vendeurs. Ces derniers ont carrément envahi les abords des routes, voire même, le passage réservé aux piétons. Plusieurs étalages s’étendent le long de la chaussée, dans  un espace assez étroit. Cela constitue un danger non seulement pour les passants qui sont obligés de marcher très souvent en pleine chaussée, mais également pour les vendeurs eux-mêmes, qui peuvent facilement être victimes des accidents de circulation. 

Certains de ces vendeurs tournent carrément le dos à la chaussée, ce qui les expose encore plus car ils ne peuvent suivre les mouvements des véhicules. Ce positionnement indispose par ailleurs les passants, étant donné que dans certains coins, les vendeurs placent leurs étalages sur les trottoirs réservés aux piétons. Le marché Municipal de Mont Ngafula, autrement appelé marché Matadi Kibala, se tient de part et d’autre de la route Nationale n°1, dans la commune de Mont-Ngafula.

C’est le premier marché d’approvisionnement en denrées alimentaires en provenance de la province du Bas-Congo. Ce marché s’est illustré par le grand nombre d’accidents qui s’y produisent. Madame Julienne MBOYO, vendeuse d’arachides et de soja souligne qu’à l’endroit précis où se tient le marché, on enregistre  chaque année de nombreux accidents de circulation routière. Elle raconte qu’en 2011, elle a été témoin d’un accident qui avait causé la mort d’une vendeuse en plus de nombreux blessés et des dégâts matériels importants. « Il s’agissait d’un minibus qui faisait partie d’un cortège funèbre. Il est allé écraser une vendeuse qui a trouvé la mort sur place, avant de terminer sa course dans un caniveau », a-t-elle affirmé. Elle raconte par ailleurs que peu de temps avant, un autre accident avait causé 7 morts et plusieurs blessés. « Ceci  ne représente qu’une goutte d’eau dans la mer », a-t-elle renchéri, tout en expliquant que ce qu’elle a confié ne représente rien face aux accidents de circulation meurtriers qu’on enregistre chaque année.

La nuit tout comme la journée, de gros camions font des navettes, transportant du sable, de la caillasse, du bois, etc. Les taxis et taxis bus sont également de la partie. Faute d’un parking approprié, ils stationnent et embarquent les clients dans une promiscuité  de plus en plus inquiétante avec les vendeurs et leurs étalages.

Monsieur Didi Luzolo explique qu’en 2013, le taux d’accidents aux environs du marché Matadi-Kibala a un peu baissé grâce aux dos d’ânes érigés sur la route. Mais seulement, cela est loin de mettre fin à ce fléau. « Cette année, a-t-il dit,  j’ai vu  de mes propres yeux deux accidents graves. Un camion remorque en provenance du Bas-Congo est allé percuter la jeep d’un couple des citoyens libanais qui faisait des achats dans ce marché meurtrier ».

Monsieur Didi Luzolo explique également que la fréquence des accidents sur  la nationale n°1, précisément à la  hauteur  du marché Matadi-Kibala, est due non seulement aux problèmes techniques des véhicules mais aussi au fait que les vendeurs s’installent jusqu’à l’endroit réservé aux piétons, voire même aux parkings des véhicules. Ceci provoque une confusion indescriptible et le rend vulnérables face aux accidents.

Cette situation n’est pas caractéristique du seul  marché Matadi Kibala.  Madame Charlotte Musau, vendeuse des légumes sur le trottoir au marché  Ngaba confie : « J’ai risqué la mort en 2011, à cause d’un gros camion transportant du sable dont les freins avaient lâchés. Malheureusement, je n’ai pas de choix. C’est ce petit commerce qui me permet d’assurer la survie de ma famille. A l’intérieur du marché, il n’y a plus de place ».

Des marchés crasseux et nauséabonds

Le constat est amer dans ces marchés qui longent les routes de la capitale Kinoise. Les vendeurs ainsi que les acheteurs sont obligés de faire face à une insalubrité inqualifiable. Avec la saison des pluies, le sol s’est pratiquement transformé en une mare d’eau boueuse, crasseuse et nauséabonde. La circulation devient difficile dans les marchés kinois qui ressemblent de plus en plus à des décharges publiques.  En effet, des déchets de tout genre issus des activités commerciales  se mélangent à la boue et sont déversés dans les caniveaux. A cela s’ajoutent  des flaques d’eau verdâtres dans lesquelles se développent des moustiques et autres insectes. Cette situation représente un grand danger pour les  habitants car certains vendeurs étalent leurs marchandises sur des sacs posés à même le sol.

Les causes sont multiples

Les causes de la multiplication des marchés de part et d’autre de la chaussée sont à rechercher dans la crise multiforme qui frappe la RDC. Madame Rose Makiadi, vendeuse et mère de 3 enfants déclare : «  Mon mari est un policier qui reçoit un maigre salaire incapable de nouer les deux bouts du mois. Son salaire ne supporte que les frais scolaires de notre fils. Je suis obligée de vendre au bord de la chaussée, sans ignorer les risques d’accidents que je cours, pour payer les frais scolaires de mes deux filles et trouver chaque jour de quoi nourrir la famille ».

Madame Charlotte Musau aborde dans le même sens : « Mon mari est au chômage et nous avons cinq enfants. Ce commerce me permet de supporter le poids  des dépenses de la famille. Ce commerce  des légumes ne me permet pas d’envoyer mes enfants à l’école. L’essentiel est  qu’ils ne manquent pas de quoi manger, le reste n’a pas d’importance pour le moment ».

Un policier de la place, sous couvert d’anonymat, explique que les vendeurs préfèrent exposer leurs marchandises en dehors des marché, aux abords de grandes routes afin d’attirer la clientèle trop pressée et qui ne peut entrer dans le ventre du marché. « Nous les chassons souvent mais ils reviennent toujours. On comprend  que le ventre affamé n’a point d’oreilles. Je suis au courant que certains policiers profitent de la situation pour se remplir les poches, mais moi, je n’ai jamais fait cela », a-t-il affirmé.

Malgré la délocalisation des marchés, les vendeurs s’entêtent

En 2008 après une série d’accidents meurtriers enregistrés à la hauteur du marché Matadi Kibala, pour ne prendre que ce cas, le gouvernement provincial de Kinshasa avait ordonné sa délocalisation vers site de la RTNC à Mitendi, à la frontière avec la province du Bas-Congo. Le bourgmestre adjoint de la commune de Mont-Ngafula, Tryphon Wabin avait déclaré que les mesures étaient prises pour faire respecter la décision. « Je ne crois pas qu’ils reviennent parce que nous avons pris toutes les dispositions pour que ça soit vraiment une réussite totale », avait-il dit à l’époque. Cette espérance aura  été de courte durée car le marché a repris son train habituel au vu et au su de tout le monde. Cinq ans après, ce marché continue d’exposer les vendeurs, les acheteurs et les passants aux accidents de circulation.

L’autorité est appelée à s’imposer

Sous couvert de l’anonymat, un officier de la police de circulation routière en poste sur cette route  déclare : «  La décision finale relève de l’autorité de la ville et du gouvernement central qui devraient non seulement débarrasser les abords des routes des vendeurs, mais également suivre de près cette situation. Les policiers sont de simples exécutants ». Les études de la Police Routière indiquent  que 90% des accidents de circulation routière sont imputés à l’homme et seuls 10% sont dus à l’état technique des véhicules et à l’environnement.

Ceci interpelle donc la conscience des uns et des autres pour éviter des comportements à risque. « Quel que soit le cas, conclut notre officier, une  intervention rigoureuse des autorités compétentes devrait amener au respect des principes afin d’éviter les accidents et, ainsi, protéger la population ».

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