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Kinshasa

Les employés congolais des entreprises chinoises crient au secours

Neville Mukendi

Venus pour  contribuer à l’émergence de la RDC, les chinois sont très en vue  essentiellement  dans des travaux de construction et  de  commerce de tous genres. La présence des entrepreneurs chinois a permis à  des milliers des personnes de trouver de l’emploi. Cependant, les conditions de travail  auxquelles sont soumis les employés congolais laissent à désirer.

«  Les chinois  ont créé des emplois très  contrariants  pour les autochtones », déclare un employé dans un chantier à Kinshasa, et l’autre de compléter «les conditions de travail sont vraiment inadmissibles. C’est vraiment inhumain  ».

Beaucoup de choses sont à décrier notamment  le temps de travail  qui est indéterminé, le non-paiement des heures supplémentaires, la stigmatisation, la discrimination, comme  le renseigne Jean  Denis, cantonnier dans une  entreprise chinoise à Kinshasa : «je suis ici depuis trois ans et demi. J’ai observé les chinois pendant tout ce temps.  D’abord  ils n’ont pas de considération pour leurs employés que nous sommes.  Ils nous utilisent comme des machines, y a de quoi parler de l’exploitation des kinois ».  Jean Denis fustige le traitement injuste des entreprises qui offrent de meilleures conditions aux employés chinois. «Il est vrai que les chinois  adorent le travail.

C’est normal puisqu’ils sont mis dans des conditions adéquates : ils mangent comme il faut et respectent les heures  de repos. Tandis que nous, nous travaillons affamés. Et cela ne leur dit absolument rien. Même si tu manifeste une crise d’hypoglycémie,  ce n’est pas leur problème. Ils veulent voir leur travail terminé ».

Toujours selon notre cantonnier, son employeur  viole même les heures de travail tel que convenu. «Ils ne nous laissent jamais partir si le travail commandé n’est pas fini. On ne peut rien renvoyer  au lendemain  au risque de se faire chasser. Donc nous sommes traités  comme des esclaves ».

Le même traitement est  également dénoncé par les employés des boutiques et magasins appartenant aux chinois. «On est contrôlé de façon exagérée à l’entrée comme à la sortie de la boutique. Le stress est  notre pain quotidien », témoigne  Mardochée,  vendeur dans une boutique chinoise au grand marché de la capitale. «Je travailles depuis 8 mois. Croyez-moi,  c’est à leur seul profit car ce que je gagne par mois ne me permet pas de payer mon transport de trois semaines pour atteindre le magasin ». Pour Mardochée, lui et ses trois collègues vivent l’esclavagisme dans

Un travailleur dans un chantier chinois / Photo Neville Mukendi.

Un travailleur dans un chantier chinois / Photo Neville Mukendi.

leur propre pays.  Il affirme qu’il leur est interdit de manger dans le magasin. «Quand on rate de manger avant de commencer le travail, on ne peut  plus manger jusqu’à la fermeture du magasin. C’est regrettable» déplore-t-il.  Ce qui révolte d’avantage Mardochée et ses collègues, c’est leur difficile accès aux sanitaires. «Nous passons tout notre temps ici sans accéder aux installations hygiéniques parce que seuls les chinois en détiennent la clé » affirme-t-il.

Pas de prise en charge en cas d’accident

« L’ouvrier  est lui-même responsable de ce qui peut lui arriver pendant l’exécution de sa tâche. En cas d’accident, l’employeur ne prend rien en charge», explique  un cantonnier blessé tout récemment  dans un chantier de construction. «  Le jour de mon accident, ils m’avaient évacué de toute urgence pour ne pas considérer que j’avais un accident au service ». Un autre ouvrier tente de relativiser : «Si l’accident n’est pas grave, le cas d’une simple blessure par exemple,  ils vont administrer juste les premiers soins. Cependant pour de graves accidents, l’employé est tout simplement remercié parce qu’ils estiment que tu n’es plus utile. »

 Qu’est-ce qui amène ces chinois à se comporter de la sorte vis-à-vis de leurs employés congolais?

Pour monsieur Swing, un des rares employeurs chinois  de Kinshasa à construire quelques phrases en français, les congolais ne sont pas considérés comme des esclaves. Ils les poussent plutôt à aimer le travail : «c’est le travail qui rapporte de l’argent. Mais les congolais préfèrent  toujours prier au lieu de travailler. C’est pourtant le travail qui enrichit et non la prière. Le jour où ils comprendront l’importance du travail, nous n’aurons plus rien à faire ici». D’autres responsables à qui nous avions posé la même question, n’ont pas pu répondre à nos questions faute de manque de maitrise de la langue française.

Que prévoit le code du travail lorsque l’une de partie dans un contrat est lésée ?

Pour l’avocat Kasonga  Kananga, l’employé comme l’employeur doivent tous connaitre le droit du travail pour que celui qui se sent lésé  puisse  recourir à l’arbitre qui est le code du travail parce que régissant le rapport entre les travailleurs et les employeurs.

Selon l’article premier de la loi numéro 015/2002 du 16 octobre 2002, portant code du travail en RDC, cet instrument est applicable à tous les employeurs et travailleurs y compris ceux des entreprises privées exerçant leurs activités professionnelles  sur l’étendue de la RDC, quelle  que soit la race, le sexe, l’état civil, la religion, l’opinion politique, l’ascendance nationale, l’origine sociale, la nationalité des parties, la nature de prestation, le montant de la rémunération ou le lieu de conclusion des contrats dès  lors que ce dernier s’exécute en RDC. Maitre Kasonga Kananga ajoute: « l’employeur et son travailleur sont liés par le lien de subordination qui veut dire que le salarié exerce son activité sous l’autorité de son employeur.  Il ne s’agit pas de l’esclavage ni de la servitude parce que plusieurs dépassent la limite. Par exemple lorsque l’employeur ou son proposé se rend coupable envers l’employé d’un acte d’improbité, de harcèlement sexuel ou morale, d’intimidation, de voies de fait, ou d’injures graves, on est en présence des fautes lourdes. L’article 73 du code du travail est clair à ce sujet ».

Un chinois entouré des travailleurs dans un chantier à Kinshasa/Photo Neville Mukendi.

Un chinois entouré des travailleurs dans un chantier à Kinshasa/Photo Neville Mukendi.

A en croire l’avocat, ces fautes lourdes sont passibles de sanction  selon  l’appréciation de la partie lésée. Le nouveau code du travail dans ses alinéas 3et 4 de l’article 72 précise qu’Il y a des procédés qui peuvent sortir ces deux  parties  de l’ impasse, c’est soit écrire à l’autre partie dans les quinze jours ouvrables après avoir eu connaissance des faits qu’elle invoque, soit la rupture du contrat immédiat comme prévoit   l’article 72 dans son alinéa premier.  Et pendant ce temps l’enquête sera déposée à l’autorité habilité à prononcer la sanction.

Il est obligatoire que  tout employé  et l’employeur respectent le prescrit du code de travail. Nul n’étant au-dessus de la loi, il est important que des sanctions soient prises contre toute personne, congolaise ou non, qui foule au pied les lois réglementant le secteur du travail.

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