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Kinshasa

La scolarisation des enfants du quartier «Tchad», hypothéquée faute des moyens

Jolina Mujinga

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Des enfants du quartier Tchad entrain de jouer/Photo Jolina Mujinga.

D’aucuns se croiraient en dehors de la ville-province de Kinshasa. Faux, ce quartier est situé en pleine capitale, précisément au quartier plateau dans la commune de Mont Ngafula. Les enfants de ce coin sont en grande majorité non scolarisés, pas par manque d’écoles,  mais faute des moyens. Il convient de signaler que ce quartier regorge de bonnes écoles plutôt fréquentées  par les élèves qui viennent plus du plateau des professeurs. Comme l’indique son nom, le quartier plateau abrite des enseignants  de l’université de Kinshasa (UNIKIN). C’est au «Tchad» le quartier voisin qu’est logé la plupart du personnel domestique des professeurs de l’UNIKIN. La plupart des habitants du quartier Tchad vivent dans la précarité. Ce fléau bat son plein dans ce coin  du fait que la majorité des chefs des ménages s’adonnent aux travaux ménagers, soit  qu’ils sont dans d’autres formes de débrouilles.

Certains reconnaissent que les études sont d’une grande importance et donc indispensables  pour l’éducation et l’encadrement des enfants. Ils affirment néanmoins que cela nécessite d’énormes  sacrifices  qu’ils ne seront pas en mesure de consentir.

Dépourvus de scolarisation, les enfants sont envoyés au commerce

Bozo  Ngoy, préfet des études au complexe scolaire Auberge du salut s’exprime en ces mots : «Au lieu d’être envoyés  à l’école comme tous  les autres enfants,  ceux du quartier plateau sont par contre poussés par leurs  parents à  exercer des travaux lucratif tel que le commerce ambulant, etc. D’autres  restent à la maison à ne rien faire». Ce préfet des études déplore le fait que le nombre d’enfants inscrits dans des écoles soit insignifiant par rapport à la population et au nombre d’enfants que regorge ce quartier.

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Un groupe d’enfants dans le commerce à l’Université de Kinshasa/Photo Julie Masengu.

Solange Kutuma, mère de six enfants affirme : « Mes enfants ne fréquentent plus l’école suite au manque des moyens financiers. Mon mari est un cordonnier qui ne gagne que deux à trois mille francs congolais par jour, soit 2,2 à 3,4 dollars. J’ai dû arrêter avec mon commerce suite à  un accident de circulation qui m’a rendue infirme. Ce faible rendement ne nous permet pas d’envoyer les enfants  à l’école.  C’est ainsi que je les encourage à travailler pour aider leur père car moi je ne sais plus rien faire vu mon état. Mon plus grand souhait est que mes enfants poursuivent leurs études mais je ne sais comment ».

Très peu d’enfants vont tout de même à l’école malgré les difficultés de leurs parents.

Celui qui veut peut. C’est comme cela qu’on peut comprendre la volonté et les efforts de quelques parents du quartier Tchad à envoyer leurs enfants à l’école. «Je me bats comme un diable pour que mes enfants ne subissent pas l’humiliation que je connais aujourd’hui » confie un père en route vers l’école de ses enfants pour expliquer son retard dans le paiement des frais scolaires.

Une mère à la sortie de l’école s’exprime : « Il faut de la détermination pour envoyer ses enfants à l’école. Je le fais pour que les miens soient utiles à la société ».

Ce qu’en pensent les enfants

Josué Bambi, un petit garçon âgé de 10 ans nous confie ce qui suit : « Mes parents sont tous deux ouvriers de ménage. Je travaille  pour les aider. Chaque matin je suis obligé de les accompagner à  la brousse pour couper du bois. Ensuite, je dois les vendre au petit coin du quartier pendant qu’eux vont au travail.  Si je ne fais pas ça, moi et mes trois petits manquerons de quoi manger». Josué finit par avouer ne pas avoir connaissance de l’importance des études.

Rosa, une fillette de 9 ans nous dévoile qu’à chaque fois qu’elle désire aller à  l’école comme son amie Nelly, sa maman lui dit que ce n’était pas important pour une fille d’étudier, Le travail des filles est de rester à la maison à coté de leurs mères, les aider pour le ménage et se préparer pour le mariage. Ainsi déroutée, la petite fille se donne à cœur joie à son commerce  ambulant. Quant à  son frère Pierrot  qui a 7ans,  son père tient à  l’initier à son travail de maçonnerie, nous confie-t-elle.

Quand l’ignorance s’en mêle

Certains parents vont plus loin pour dire que même si on n’étudie pas, on finit toujours par être utile dans la société. Car certains métiers pour être exercés n’exigent pas des  diplômes ou des connaissances approfondies.  Guelord Landu explique : « moi je suis père de quatre enfants et je n’ai jamais été sur le banc de l’école, je suis aide-maçon et je m’époumone pour leur trouver de quoi manger. J’initie déjà mon fils ainé qui a onze ans au même métier qui va l’aider à la longue quand je ne serai plus là, au lieu de gaspiller inutilement l’argent en l’envoyant à l’école pour apprendre comment lire et écrire simplement ».

Négligence ou ignorance, le prix à payer est lourd

D’après Harmonie Mbemba, monitrice au collège sainte Rita, cette négligence est due à l’ignorance et à l’irresponsabilité des parents : « Certes les temps sont durs et les études sont couteuses, mais, les parents conscients et responsables se sacrifient pour assurer la scolarité de leurs enfants. Ceux qui ne vont pas à  l’école sont victimes de la négligence de leurs parents»,  conclut-elle en exhortant tous   les responsables des ménages de s’acquitter de leurs obligations vis-à-vis de leurs enfants. Une autre éducatrice estime que quel que soit le coût de la vie, l’éducation des enfants ne peut être sacrifiée.

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