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Kinshasa

Droits d’auteurs : Les artistes congolais doivent encore prendre leur mal en patience

Munor Kabondo

Sculpteurs, plasticiens, potiers, bédéistes, peintres, danseurs, chorégraphes, guitaristes, chanteurs, conteurs,  écrivains, scénaristes, comédiens, compositeurs,  modélistes, stylistes et autres artistes de la RDC sont dépourvus de leurs droits depuis plus de 50 ans. Pays riche en diversité culturelle, la RDC a du mal à nourrir ses créateurs de leurs œuvres. Les artistes attendent beaucoup de la nouvelle société congolaise des droits d’auteurs et des droits voisins.

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Danseurs traditionnels Hemba du Katanga lors de la sortie officielle
de la Dynamique Hemba/Photo Munor Kabondo.

 

Les artistes congolais devraient encore attendre plusieurs jours pour jouir de leurs droits. La Socoda instituée en 2011 sur arrêté ministériel ne pourra répondre favorablement à leurs attentes qu’après l’étape de recensement et enregistrement des artistes à travers le pays. A cet effet, une campagne de sensibilisation a été lancée depuis plus d’un mois par la nouvelle société pour convaincre les artistes à adhérer à cette structure afin de bénéficier de leurs droits. ‘‘Il est important de dire  à ce jour qu’il y a un fossé béant entre la production artistique et le bénéfice tiré par le géniteur de ce produit. D’où, la mission première de la Socoda aujourd’hui est celle de permettre aux artistes de jouir pleinement de leurs œuvres’’, a expliqué le président du  Conseil d’administration de la Socoda, Jacques Mondonga.

Des talents qui se meurent

Le danseur professionnel Papy Eboto au cours d’une séance de répétition                                               à l’Institut Français de Kinshasa/Photo Munor Kabondo.

Le danseur professionnel Papy Eboto au cours d’une séance de répétition
à l’Institut Français de Kinshasa/Photo Munor Kabondo.

Sur le continent africain, la RDC figure parmi les pays connus grâce à ses œuvres culturelles. ‘‘Malheureusement, cela se fait toujours grâce aux efforts personnels des artistes eux-mêmes, il n’existe aucune politique efficace pour ça’’, a déploré le Président de l’association ‘‘Artistes en danger’’, Langu Masima dit « Tshaka Kongo ». Sur la liste de ces œuvres congolaises, on citerait la chanson ‘‘Indépendance Tcha Tcha’’ devenue l’hymne des indépendances des pays africains. Chantée par le musicien congolais Kabasele Tshamala, cet opus a été composé pour célébrer l’obtention de l’indépendance du Congo en 1960. Pour n’avoir pas été bien protégées au pays, des œuvres d’arts conçues et fabriquées par des congolais ont plusieurs fois été vendues à l’étranger à des prix exorbitants sans que les auteurs n’en bénéficient.  Au mois de mai 2012, deux masques de la tribu Lulua dans le Kasaï Occidental ont été vendus aux Etats-Unis aux prix de 1 500 000 et 2 500 000 dollars américains. C’était au cours d’une vente aux enchères organisées à New-York par les collectionneurs américains Sotheby’s. Peu avant en 2010, un siège royal à cariatide agenouillée de la tribu Luba a été vendu à 5,44 millions d’euros en France. La vente de cette œuvre attribuée à un artiste Buli a été organisée à Paris par la même maison américaine. Cette vente est, selon la maison Sotheby’s le deuxième prix le plus haut jamais atteint pour un objet d’art africain, derrière une pièce culturelle adjugée en Europe pour 5,9 millions d’euros en 2006. ‘‘Ces sont des patrimoines nationaux, il devait y avoir une rétrocession à travers le droit d’auteur’’, a déclaré le secrétaire général de l’Association internationale des critiques d’art à Kinshasa, Bruno Ilunga Musanga.

Selon lui, plusieurs œuvres d’origine congolaise sont éparpillées à travers le monde sans que les auteurs n’en bénéficient à cause de l’absence d’une bonne politique en la matière.

Sauve qui peut

Pour échapper à cette crise, certains artistes ont pris l’option de se confier aux ambassades et centres culturels étrangers pour mieux vendre leurs œuvres. ‘‘Ces sont les expatriés qui achètent à bon prix. C’est ainsi que la plupart des œuvres je les vends auprès des ambassades’’, a expliqué le sculpteur et peintre Richard Mosengo Ekoko. Chez les artistes musiciens et comédiens le salut est ailleurs. Beaucoup d’entre eux ayant compris la faiblesse de la Soneca (l’ancienne société des droits d’auteurs) sont allés s’affiliés à des structures des pays étrangèrs pour bénéficier de leurs droits. Sorti d’une maladie, l’un des comédiens le plus célèbre de la RDC, Jean-Claude Katondi dit « Ngadiadia Ngadios » a décidé de faire enregistrer ses œuvres en Grande Bretagne. ‘‘Vous avez vu comment j’ai souffert avec la maladie par manque d’argent, alors que mes œuvres ont égayé les gens pendant plusieurs années. Je vais là où je peux bien vivre de mes œuvres’’, a expliqué Ngadiadia Ngadios avant de s’envoler pour la Grande Bretagne via la République du Congo. A cause de l’inertie des structures locales, des musiciens de renom sont membres de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique (Sacem) en France et de la société belge des Auteurs, Compositeurs et Editeurs (Sabam). Pour n’avoir pas atteint  ses objectifs, la société nationale des éditeurs compositeurs et auteurs des chansons (Soneca) créée par l’Etat en 1969 a été remplacée par la Socoda 40 ans après au lieu de 30 ans comme le disent  les textes.

‘‘Si je continue à écrire des livres, c’est pour mon plaisir et non pour gagner de l’argent’’, a laissé entendre le professeur et écrivain André Yoka lors d’un débat sur le livre à la Halle de la Gombe.

La Sabam au chevet de la Socoda

La naissance de cette nouvelle société a été effective grâce au partenariat de l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) et de la Sabam. Avec la venue de la Socoda nombreux d’entre les artistes, ont espéré voir le secteur évoluer positivement. Plus de deux ans après son installation, les doutes refont surface auprès de certains artistes. ‘‘Nous vivons tous avec les recettes des concerts qui ne viennent  pas d’ailleurs tous les jours. Il est donc, difficile de traiter ses musiciens comme des salariés’’, a expliqué Godé Lofombo, ancien de l’Empire Bakuba de Pepe Kalé et patron de l’orchestre Delta Force. Au mois d’octobre, un contrat de collaboration a été signé entre la Sabam et la Socoda pour permettre à la Socoda de percevoir les droits d’auteur pour les utilisations des répertoires de ses membres à l’étranger, à travers 46 pays du monde.

Pour y arriver selon le protocole d’accord signé entre les deux structures, la Sabam va actionner  les contrats qu’elle a  avec les sociétés sœurs  dans les pays d’Europe, d’Afrique et de l’Amérique du Sud pour percevoir les  droits des artistes  et créateurs  congolais  et transmettre ensuite l’ensemble  du montant à la Socoda. Lors de la signature de ce contrat, la Sabam a annoncé le déblocage de 10 000 Euros pour les deux dernières années en faveur des artistes affiliés à la Socoda. Par ailleurs, l’Artiste musicien Blaise Bula, vice-président en charge des finances à la Socoda a appelé tous les artistes  de toutes disciplines confondues, à adhérer à la Socoda car selon lui, c’est une question de temps et ils se réjouiront de leurs œuvres.

La culture congolaise qui vit dans une situation d’impasse depuis plus de 4 décennies doit être soutenue pour permettre aux artistes de jouir de leurs droits comme peut-on  le lire dans les textes de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. A son article 27 alinéa 2 il est dit que ‘‘Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur’’. Les artistes attendent toujours ce jour.

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