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Les surgelés mal conservés sur les marchés de Kinshasa, problème de santé pour les consommateurs

Par Carat Kuhinia

Kinshasa, RDC – Les surgelés comptent parmi les aliments les plus consommés dans les grandes villes de la République Démocratique du Congo. Cependant, une bonne partie de ces produits subit une chaine de froid telle qu’elle se détériore et devient nuisible à la santé des consommateurs.

Nous sommes au marché Gambela en pleine ville de Kinshasa. Il est sept heures du matin. Sur le couloir des produits alimentaires surgelés (poissons, poulets, viandes…), tout est plus ou moins normal. Les acheteurs s’empressent et se bousculent autour des vendeurs. Sortis à peine des chambres froides après le long voyage mer méditerranée-océan atlantique, et, étalés sous un grand soleil équatorial, les surgelés présentent une belle apparence qui ne laisse personne indifférent. « Je suis venue au marché avec l’idée d’acheter des légumes, mais, cette belle viande m’a attirée »,  nous confie une femme qui marchande la viande surgelée de vache.

gambelaviandeHuit heures plus tard, nous revenons au même endroit. Les choses ont complètement changé. Plus de bousculades. Juste quelques acheteurs apparemment non intéressés aux produits sous leurs yeux. En effet, les surgelés se sont dévêtus de leurs costumes  glacés qu’ils portaient encore le matin pour se couvrir d’une substance rougeâtre, produit d’un mélange du sang et de l’eau sortie de la fusion des glaçons. « Je m’apprête déjà à rentrer chez moi. Sous cette apparence, la viande n’attire plus personne. Je la conserverai dans une chambre froide pour la revendre demain matin », affirme madame Astrid pendant qu’elle s’efforce à chasser les mouches qui envahissent sa marchandise. D’autres vendeuses affirment aller les conserver juste dans des réfrigérateurs ménagers pour les revendre le lendemain matin.

Revenus le lendemain matin, nous constatons que notre viande a repris une belle apparence, un petit peu moins que celle du matin de la veille. Toute contente, madame Astrid nous confie : « Tu vois mon fils, je vais mélanger cette viande avec celle qui sortira tout fraichement des chambres froides aujourd’hui. Personne ne s’en rendra compte ».

En s’explosant de joie, cette vendeuse, tout en reconnaissant que sa viande aura perdu un peu de son goût, ignore cependant qu’elle s’est également détériorée et constitue  désormais un danger pour la santé des consommateurs.

Le froid, une technique bien prisée dans la conservation des aliments

L’Agronome Jimmy Itombalilo  nous révèle : « Le froid est une des techniques les plus utilisées pour la conservation des aliments d’origine animale. Il arrête ou ralentit l’activité cellulaire, les réactions enzymatiques et le développement des  micro-organismes. Il prolonge  ainsi  la durée  de vie  des produits frais végétaux et animaux en limitant  leur  altération ». Selon la nutritionniste Marie-Claire Yandju, il existe plusieurs techniques de conservation à froid favorisant la valeur nutritive des aliments, à savoir, la réfrigération, la congélation et la surgélation.

Cycle de congélation, véritable danger pour la santé

Les techniques de conservation à froid bien faites n’altèrent en rien la qualité des aliments. Le danger, c’est quand les aliments d’origine animale subissent de longues chaines de froid et de cycle de congélation, décongélation et ré-congélation, parfois avec coagulation du sang tout autour des opercules et dans la chair. « La viande gardée à de très hautes températures puis dégelée pendant une durée relativement longue et, enfin, congelée à nouveau perd ses qualités tant nutritives que sanitaires », affirme madame Marie-Claire. En effet, la surgélation ne détruit ni les toxines ni les micro-organismes éventuellement contenus dans les aliments. La majorité des micro-organismes présents peuvent donc  reprendre  leurs  activités dès le retour  à une température favorable altérant ainsi la viande. Une fois recongelée, cette viande gardera son état avarié jusqu’au jour de sa consommation.

L’intervention de l’autorité  s’impose

La majorité des vendeuses affirment ne pas être au courant de ce fait. On écoute le même son de cloche chez les acheteurs interrogés. C’est ici que l’intervention de l’autorité s’impose aussi bien dans la sensibilisation de la population que dans le contrôle de la qualité des aliments, car le droit à une alimentation saine est garanti aussi bien par la déclaration universelle des droits de l’homme que par la constitution congolaise.

Dans cette logique, les sociétés de contrôles  congolaises ont pour mission de veiller à la qualité de tous les aliments d’origine animale importés. L’office congolais de contrôle devrait s’assurer des conditions de conservation de ces produits, mais aussi, de la date d’expiration des marchandises.  Un agent de l’autorité de contrôle affirme : « Les produits que nous autorisons sur le marché sont tous conformes ».  Malheureusement, une fois que les marchandises arrivent sur les tables des marchés, apparemment, il n’y a plus de suivi. C’est là que l’autorité devrait plus s’appesantir pour contrôler les conditions d’étalage et les méthodes de conservation de ces marchandises afin offrir à la population des viandes saines.

Pour madame Marie-Claire, la nutritionniste : « De manière générale, plus un aliment est frais, plus  sa valeur nutritive est élevée. Si on ne peut  avoir accès à des viandes fraiches, on peut aisément se tourner  vers  les viandes surgelées importées, à condition qu’elles n’aient pas subies des cycles de froid ».

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