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Kinshasa : Pour n’avoir pas payé les frais de la maternité, des nouveau-nés et leurs mères incarcérés à l’hôpital ESENGO à Kinsenso.

Par: Alain Tshibamba

KINSHASA, RDC – C’est au quartier Kimbu, dans le ventre de la commune périphérique de Kinsenso  que les sœurs de la charité ont construit  la maternité ESENGO, LA JOIE en français, depuis 33 ans. Conçue pour résoudre la difficulté des futurs mères à arriver péniblement jusqu’aux cliniques universitaires de Kinshasa pour accoucher, la maternité ESENGO offre ses services à des prix raisonnablement accessibles au niveau de vie de la population de ce coin. Malheureusement, en dépit de ce bas prix, la plupart des femmes ne parviennent pas à honorer leurs factures après l’accouchement. Par conséquent, elles et leurs bébés sont retenus à l’hôpital contre leur gré pendant des jours, des mois, des années …

Entrée principale de la maternité Esengo/Photo Jdh.

Cette maternité ayant compris le sens de son existence dans un quartier si pauvre de Kinshasa,  justifie sa mission par le coût très réaliste qu’il fixe aux familles. Les prix à payer varient entre 20.000 francs congolais (22 US $) et 200.000 francs congolais (220 US $), selon les cas. Rencontrée sur place à la maternité avec son bébé, madame Déborah KUSALA affirme y être incarcérée depuis un mois et demi. « J’ai déjà versé 80.000  francs congolais (88 US $),  quant aux 20.000 FC (22 US $) restants, je ne sais plus où les trouver. Voilà pourquoi mon bébé est entrain de grandir ici à la maternité », a-t-elle relaté presque les larmes aux yeux, elle dont l’auteur de la grossesse a disparu au lendemain de l’accouchement. Madame FILOLA se retrouve dans la  même situation. Elle a accouché par césarienne. Le cout à payer est de 150.000  FC (165 US $). Elle a versé l’acompte de 100.000 FC (110 US $) et n’a plus de revenu pour apurer la dette.

Quant à  madame MAFUTA qui avait accouché difficilement par césarienne, il lui faut encore payer 110.000 (121 US $) sur les210.000 FC (231 Us $) qu’elle doit à la maternité. Madame Tété LUKONDE ne manque que 34.000 FC (37 US $) pour quitter la maternité où elle est retenue depuis 4 mois.

Quel sort au final ?

Nous avons interrogé la caissière de la maternité sur le sort de ces femmes si elles ne parviennent toujours pas à payer après un temps relativement long. Madame Célestine raconte que les femmes qui n’ont pas d’argent finissent par être libérées même si  les concernées elles-mêmes nient cette clémence. La caissière évoque des moments de grâce que sont la fête de la nativité (noël) et la fête de l’indépendance du pays, le 30 juin.  A en croire ses propos, la sœur supérieur laisse partir des dames qui ne peuvent réellement pas payer. « Parfois aussi, c’est grâce aux donations de personnes de bonne volonté que nous décidons de faire sortir certaines d’entre-elles, poursuit-elle en précisant,  c’est l’argent reçu de ces donateurs pour soutenir la maternité qui nous permet souvent de payer à leur place ». Pour celles qui ne bénéficient pas de ces grâces, elles sont contraintes après un temps, de libérer les lits de la maternité sans quitter la maternité. « Il y a trois sites, le premier, l’intermédiaire et le pavillon des enfants mal nourris. C’est là qu’on finit par nous jeter », nous relate une dame en train d’allaiter son bébé dans les couloirs de la maternité. Nous nous sommes rendus au pavillon des enfants mal nourris et n’avons vu aucune femme incarcérée avec son bébé. A peine voulons-nous sortir de là qu’une femme hospitalisée avec ses jumeaux mal nourris lâche : « Elles étaient ici mais c’est hier qu’on les a fait sortir au motif que  nos enfants mal nourris vont contaminer les leurs. Je ne sais où ils les ont placées ».Nous ne savons pourquoi ces femmes ont refusé de nous relater les conditions de leur séjour à l’hôpital pendant ce moment d’incarcération. Toutefois, juste à les voir, on comprend qu’elles sont placées dans des conditions qui ne protègent ni la femme qui vient d’accoucher, ni l’enfant qui vient de naître.

Les  droits de l’enfant bafoués

Conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme, proclamé à paris, le 10 décembre 1948, il y a violation de l’article 25(14)  qui stipule que « …la femme et l’enfant ont droit à une protection spéciale … », en clair la

loi protège la maternité et l’enfant. Il est vrai que le pays par ses lois, promet de protéger cette catégorie, il se pose le problème d’applicabilité qui devrait faire vite pour épargner les bébés de prison dès leur venue sur la terre des humains. Esengo n’est qu’un cas parmi des milliers d’autres.

Une femme à côté de son bébé/Photo Jdh.

Une femme à côté de son bébé/Photo Jdh.

La pauvreté et l’ignorance à la base de toute cette situation

Nous avons posé la question de savoir comment tant de femmes peuvent se retrouver dans l’incapacité de payer des factures d’accouchement qui coûtent à peine 91000 FC (100 US $), et ce, pendant plusieurs mois. Une femme de l’administration de la maternité nous répond : « C’est la pauvreté qui justifie cela. Chaque matin quand on fait la ronde de la maternité, on croise des regards  qui traduisent un réel état de manque. Des maris qui viennent visiter leurs femmes après l’accouchement sans leur apporter ne serait-ce qu’un pain à manger ».

Pour Mimi, vendeuse ambulante des feuilles de manioc et mère de 7 enfants,  le fait que leurs maris manquent d’emploi ou n’exercent que des petits boulots justifient l’incapacité des familles à honorer la facture de la maternité. « Mon mari ne gagne que 40 dollars par mois. Il est dans l’incapacité de  payer le montant qu’exigent les religieuses». A la question de savoir pourquoi n’a-t-elle pas arrêté d’accoucher ? Mimi sourit. Elle regarde sa grossesse presque à terme puis lâche : « Bon… c’est Dieu qui donne ». Pour sa part, Tondo, enseignant à l’école primaire regrette le fait que beaucoup des couples  de son quartier ignorent le bien-fondé des naissances désirables. « Il faut avouer qu’ici à Kinseso nous payons moins cher. Nous devons payons sinon l’hôpital aura des problèmes pour assurer correctement la prise en charge de nos femmes et de nos bébés. Si on a pas d’argent on contrôle ses naissances » conclut-il.

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