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Protestation contre la hausse des frais académiques : Trois étudiants radiés de l’université officielle de Goma

Par Cosmas Mungazi

GOMA, RDC – Trois étudiants de première licence dont deux en sciences  économiques et un en droit ont été radiés définitivement de l’UNIGOMA sur décision du recteur  publiée le 13 juin dernier. « Ils sont accusés d’incitation à la révolte  de leurs camarades qui avaient   observé une grève de 12 jours au mois de mars dernier à la suite de la hausse des frais académiques», a  renseigné  un proche du recteur. 

Bâtiment de l’université officiel de Goma.

Bâtiment de l’université officiel de Goma.

Selon un étudiant qui a préféré garder l’anonymat,  Weragi Begehya, Mupekase Gelase et Paluku Mbusa, tous  trois étudiants radiés, étaient  membres du comité des étudiants au cours de l’année académique 2012-2013. Pour eux, poursuit notre témoin anonyme, le comité de l’université devrait justifier cette augmentation car, en effet, les frais académiques ont  grimpé de 250 à plus de 350 dollars américains sans aucune raison valable.

« Avec la guerre de rébellion du M23, nos parents se trouvent actuellement dans des zones d’insécurité où la vie est devenue trop intenable. Le comité de gestion nous avait promis  des rencontres et même une probable réduction des frais », affirme Fabrice Mbusa, ancien porte-parole des étudiants. Curieusement, poursuit-il, sans aucune raison valable,   on assiste à une augmentation.

Les frais  ajoutés doivent servir au fonctionnement interne

Aimé Butotima, assistant du recteur, indique qu’il n’y a pas d’augmentation des frais académiques. « Les frais demandés aux étudiants sont perçus à titre de frais de fonctionnement. Par conséquent, ils ne se retrouvent pas dans les frais académiques ordinaires qui restent les mêmes », poursuit monsieur l’assistant tout en  précisant   que les étudiants sont intoxiqués par  des personnes dont il ne citera pas les noms.

Des non-dits de cette affaire

Cette affaire qui se trouve déjà en justice oppose les étudiants représentés par Me  Lumbulumbu, avocat au barreau de Goma et  l’université représentée par son recteur et  deux avocats. A la séance du 24 juillet dernier,  à la cour d’appel de Goma, l’université affirmait que ces étudiants étaient accusés non seulement  d’incitation à la révolte, mais aussi,  d’entretenir des sentiments tribaux  et  bien d’autres griefs encore.  Pour la défense, Me LUMBULUMBU pense que c’est juste une manière pour l’université d’étouffer ces étudiants car ils jouent un rôle des syndicalistes en défendant la cause des tous les étudiants contre les abus des autorités académiques. « En radiant ces étudiants de l’université, le comité de gestion se propose de faire taire complètement les étudiants », renchérit monsieur l’avocat. C’est ce  que confirme  également une étudiante rencontrée à la cour d’appel de Goma qui a préféré garder l’anonymat par peur d’être elle aussi chassée de l’université : « L’année antérieure, Philippe Kyunyu, alors porte-parole des étudiants,  avait aussi  été chassé en dernière année de médecine. Il était également accusé  de tribalisme même si personne n’a jamais compris très exactement ce que cela signifiait ».

Quelle procédure pour sanctionner les coupables ?

Les sanctions disciplinaires applicables en cas de manquement dans les milieux universitaires sont en ordre hiérarchique : l’avertissement, l’exclusion temporaire pour une période ne dépassant pas un mois, l’exclusion allant d’un mois à six mois, l’exclusion pour toute une année académique, l’exclusion définitive de l’établissement, et enfin, l’exclusion définitive de l’enseignement  supérieur et universitaire. La première peine est prononcée par le doyen, les quatre suivant, par le comité  de gestion  et la dernière par le ministère de tutelle. « Malheureusement pour ce cas, une simple décision du recteur a suffi pour radier ces trois étudiants de l’université, en violation de leurs droits», explicite maitre Lumbulumbu qui demande à la fois  aux autorités de  cesser d’abuser de leur pouvoir et  aux étudiants  de respecter la limite de leurs droits. « Laissons la justice faire son travail », terminera-t-il.

En attendant que la justice fasse son travail, le temps passe  et l’année académique vient complètement de s’achever. Ainsi, même si la décision de la justice leur est favorable, les trois anciens étudiants de l’UNIGO auront perdu toute une année académique.

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