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Des fabriques métalliques et leurs robots congolais

Par Guillaume Atatama

Kinshasa, RDC – Plusieurs entreprises de Kinshasa  offrent de mauvaises  conditions de travail à leurs travailleurs journaliers.  Elles les font travailler dans des conditions presqu’inhumaines. Pour en avoir la confirmation, nous avons donc décidé d’entrer dans une fabrique des métaux sous la casquette d’un travailleur journalier.

Le travail journalier est reconnu par la loi congolaise, il prend en compte des travaux saisonniers à l’exemple de construction des bâtisses. La même loi estime aussi que lorsqu’un journalier travaille pour un même employeur pendant deux jours et cela deux mois d’affilée, son travail change de journalier en permanent. Qu’en est-il de la rémunération ? Le travail au journalier est taxé plus cher que celui d’un permanent. Le cas de la RDC, étant donné que le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti) est à au moins trois pourcents, le journalier doit toucher au quotidien, largement plus que cela. Pour respect pour ce principe, nous avons mené une enquête au sin d’une entreprise de la place.

Il est 6h00’du matin d’un certain lundi. Nous voici à Limete industriel, le quartier de grandes industries à Kinshasa. Devant nous, un grand portail qui donne accès à une parcelle abritant une fabrique métallique. Après nous être enregistrés, on nous fait entrer. Une heure après notre intrusion, le travail commence. Le travail va de 7h00’ à 17h00’ avec une pause d’une heure entre 12h00’ et 13h00’. En ce qui concerne la rémunération, tous  les salaires journaliers, ne sont à retirer que l’après-midi du samedi. Plus d’une centaine des journaliers, nous avons dès notre recrutement été affectés dans des départements différents. A la mitraille, au four, au dépôt, pour ne citer que ça. La mitraille est constituée de petits et grands métaux. Ils sont vétustes, majoritairement rouillés. C’est en effet des métaux ramassés dans la ville, que l’on vient ensuite vendre à  l’entreprise. Constitués en mitraille, ces métaux sont entremêlés des déchets en plastique. L’on y trouve également une grande quantité de sable. D’où, ceux qui travaillent dans ce département ont pour tâche de trier et séparer ces métaux, les plus petits des plus grands. Ils mettent aussi à part les déchets en plastique qui sont également utilisables au four. Une dizaine de personnes  font ce travail. Elles n’ont  cependant aucun équipement. Les tenues portées sont celles amenées de leurs propres maisons. Pas de gants, ce travail  est fait à main nue. De même on y trouve une importante couche  de poussière, alors que ces travailleurs manquent des cache-nez. Pas non plus de casques, ils sont exposés au danger au cas où un gros métal leur tombait sur la tête. En ce qui concerne   les chaussures, ils n’ont  qu’à mettre les leurs. La fabrique n’en a pas pour eux. Certains amènent des babouches dans leurs sacs pour les mettre pendant le boulot. Dangereux demeure cet endroit, il est possible pour eux de piétiner accidentellement des métaux tranchants. A la fin de la journée, 2800 francs congolais (3 dollars américains) sont  promis à chacun, comme rémunération journalière.

Des vieux moteurs entreposés dans une rue de Kinshasa

Des vieux moteurs entreposés dans une rue de Kinshasa

Le four reste le département qui offre le mieux

Au four par contre, l’on brule des métaux. Une étape qui en fait permet de transformer ces métaux, de l’état solide à fluide. Quelques journaliers entourent ces machines. Ils en assurent la surveillance et interviennent beaucoup plus pour faire dissoudre des pièces métalliques, flottantes sur la moule, dans ce four, grâce à de longues tiges qu’ils possèdent tous. En outre, ils sont munis  chacun, d’une tenue de travail, d’une paire de gants, de bootes, et d’un masque pour se protéger la figure et les yeux. Restant ouvert au dessus, ce four émet un puissant feu, occasionnant en même temps, une chaleur étouffante. Consciente des risques que courent ces journaliers au four, l’entreprise les récompense chaque jour par trois petits sachets de lait. Il s’agit du lait ‘’Momo’’, vendu à 100fc (0.1 dollar américain) par sachet de 10 grammes. En plus de cela, on leur ajoute également 1500fc à chacun, pour le transport du jour. Concernant le per diem, le four reste le département le mieux payé avec une somme de 3000fc (3.3 dollar américains).

« Malgré ces motivations insignifiantes, je ne m’hasarderai jamais à aller travailler au four », affirme l’un des travailleurs.  « Je me souviens des explosions des métaux qui s’y passent, et des personnes qui se sont faites brulées toutes leurs peaux dans ce four », complète son ami.

D’après leurs témoignages, plusieurs explosions métalliques se succèdent dans ce four. Les victimes sont de plus en plus les journaliers qui y travaillent. D’après le témoignage d’un  autre journalier travaillant au dépôt, il a été témoin oculaire d’une victime au four qui avait même été brulée sur le sexe. Il ignore cependant, si elle était de façon responsable prise en charge par les responsables de l’entreprise. « Tu ne peux pas t’imaginer que certaines personnes préfèrent se jeter au sol, à partir d’une hauteur de 5m. Mieux vaux pour elles de tomber sur les métaux, au sol, plutôt que d’être atteintes par une explosion en cours », a-t-il conclu. Travailler au four demeure synonyme du danger.

Le dépôt et ses manœuvres

Au dépôt pourtant, c’est le stockage massif et fusionnés des différents types des bars de fers, à peine fabriqués. D’où les journaliers affectés dans ce  département sont répartis dans  diverses équipes. Quatre à cinq par groupe. Chaque groupe trie les bars de fers du numéro qui lui est  indiqué.  Il les lie ensuite 15 par paquet et les transporte à un endroit précis, à environs 40m du lieu de travail.

Pour trier, et soulever un bar de fer des autres, l’on se sert des mains. Certains ont des gans usés, ramassés. Les autres  pourtant n’en ont pas. « Les gants ici au dépôt, se cherchent. On ne  nous les donne pas. Il faut les chercher en dessous de bar de fer, très tôt le matin. Sinon, on est obligé de travailler à main nue », nous dit un coéquipier. Par conséquent, les paumes des mains des certains journaliers s’endurcissent d’avantage. Après le liage, on assure le transport du paquet, tout en marchant sur les autres bars de fers. Une fois de plus, ceux qui travaillent au dépôt n’ont pas des bootes. Ils sont plutôt en babouches. Là encore ils sont soumis à des risques de se faire percer les orteils par de petits morceaux de bar de fer. Paquet sur les épaules, l’équipe fera cela tout au long du travail. Pour faire des paquets, ils s’assoient  sur d’autres bars de fers. A ce moment, passe et repasse à 1m de leurs têtes, d’autres bars de fers que transporte une grue suspendue à la toiture. Des fois, ils sont même obligés d’incliner leurs têtes, ou de se déplacer momentanément de cet endroit, lors qu’une fausse manœuvre est constatée.

En dépit de sa suspension à la toiture, force est de constater que cette grue est pilotée depuis le sol, par des profanes. « Ce sont des travailleurs engagés comme chefs d’équipes pour veiller à ce que le travail demandé aux journaliers soit bien exécuté », témoignent nos coéquipiers. Néanmoins, nous n’avons enregistré aucun mauvais témoignage sur cette grue. Tout de même, l’on ne peut cependant s’empêcher de deviner le danger qu’occasionnerait cette grue en cas de dysfonctionnement.

Ainsi, le travail  journalier au dépôt se termine sous un montant de  2500fc (2.7 dollars américains) en moyenne. Il n’y a pas une quelconque motivation comme au four.

Un salaire hebdo trois fois plus petit que la somme  attendue

Pour arriver au travail à 6h00’ et rentrer le soir, les journaliers de  cette  entreprise payent 1000fc (1.1 dollars) pour leur transport. Tout comme pour commencer ce travail de métaux, ils payent le déjeuner, juste au devant de l’entreprise. 500fc (0.5 dollar) pour un déjeuner infra ordinaire. Il arrive aussi, puisque ce travail a  toujours été intense, de manger pendant la pause pour résister jusqu’à 17h00’. A cet effet, un restaurant leur est placé à l’intérieur de l’entreprise. 500fc pour un plat fade, peu soulageant. Tout  ceci demeurant des besoins primaires. Ces travailleurs journaliers sont inévitablement invités  à faire ainsi durant toute la  semaine. Et quand ils ressentent le besoin de se reposer, c’est sur des barres de fer qu’ils le font.

En fin des comptes sur un salaire hebdomadaire de 15000fc (16.5 dollars), un journalier ne bénéficie que de 6000fc (6.6 dollars) s’il était résistant, en se privant de certains besoins primaires. Puis 3000fc (3.3 dollars) s’il satisfaisait   peu normalement à ces besoins primaires.  A vous de dire si cette fabrique des métaux respecte les droits humains…

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