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Bancarisation de la paye en RD Congo: parcours de titans pour les enseignants de l’intérieur

Par Neema Safari Dorcas

GOMA, RDC – Depuis une année, les enseignants congolais, comme les autres fonctionnaires de l’Etat, sont payés à la banque : c’est la bancarisation de la paie.  Une décision du gouvernement central, bien accueillie par les enseignants de la ville de Goma, province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo.  Toutefois, cette opération pose un sérieux problème d’accessibilité.  Les salariés des villages  éloignés  de la ville de Goma sont obligés de parcourir des kilomètres pour obtenir leurs salaires.

En juillet dernier, nous avons suivi l’aventure d’une équipe de cinq enseignants du territoire de Walikale,  dans la cité de Hombo, à 200 km à l’ouest  de Goma, au Nord-Kivu. Ces enseignants ont  effectué  un long trajet vers Goma pour percevoir leurs salaires des  mois de juin et de juillet. Comme pour les autres enseignants de cette province, ils sont désormais payés par la Banque internationale du Congo (BIC). Leur salaire ne passe plus comme avant par les mains des gestionnaires d’écoles ou responsables des églises selon qu’on est catholique ou protestant. « Comme la Banque internationale du Congo n’a pas de représentations dans notre village, je suis venu avec  mes collègues en quête de mon salaire » explique Matabaro Ngndo, enseignant à Hombo dans le territoire de Walikale. Rencontré  dans les rues de Goma en attente d’être payé par Caritas, ce groupe d’enseignants déclare : «  Nous sommes allés plusieurs fois déjà  à la banque, mais on nous dit que soit l’argent n’est pas encore arrivé, soit nos noms ne figurent pas sur  leur liste. Alors, on ne sait à quel saint se vouer. Et dire que la situation est la même pour la  majorité des enseignants de l’intérieur ». L’un d’entre-eux qui se considère comme une victime de la bancarisation s’indigne : « Nous sommes devenus une charge pour les familles qui nous abritent. Nous y résidons depuis plus de deux semaines dans l’attente  du  processus de décaissement ».

Enfin des comptes, le salaire ne représente plus rien.

Bâtiment de la division provinciale de l’EPSP à Goma.

Bâtiment de la division provinciale de l’EPSP à Goma.

Inquiet des dépenses effectuées pour enfin être en possession de son salaire, John Mafuluko, enseignant à l’EP Lulambo à Hombo, explique : « Chacun de nous va toucher 71 000 FC (78 dollars américains) alors que nous avons dépensé, chacun, la somme de 50 000 FC (55 dollars américains)  pour le transport et le séjour à Goma ».

C’est une vraie fausse  affaire pour ces parents qui ne repartiront qu’avec 30% de leur salaire.

 

La situation est la même

Sur toute l’étendue de la  RD Congo,  les enseignants de l’intérieur du pays, précisément ceux des villages, éprouvent   presque  les mêmes difficultés. Justin Kabamba, enseignant dans la ville de Goma témoigne que plusieurs  voix se  sont  déjà levées pour réclamer le retour  à l’ancien système pourtant décrié par ces mêmes enseignants à cause des plusieurs abus dont le détournement de l’agent par les agents financiers et les billets incomplets au sein des liasses d’argents. « Le gouvernement  doit tout faire  pour implanter des banques dans des villages », insiste Dufina Tabu, président de l’association des volontaires du Congo (ASVOCO), une organisation des droits humains.  Il ajoute que le gouvernement  est appelé à restituer aux enseignants leur argent dépensé pour atteindre les lieux de payement.

Visiblement, au regard des désagréments causés dans les calculs pour la survie, la bancarisation, pourtant belle initiative gouvernementale, est loin d’être salutaire pour des milliers d’enseignants qui habitent l’intérieur du pays.

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